Info Citoyen

Métro Ligne 18 – 20 nuances de « Non »

Avr 16, 2016

 

160416 GPE L18 vs ZPNAF; MRM

L’enquête d’utilité publique bat son plein, aux 3 quarts de la période, plus de 2300 avis ont été déposés en ligne sur le registre d’enquête. Un record ! Mais sont-ils tous réfléchis ?

Beaucoup d’avis sont favorables au métro, avec ou sans réserves :

Des particuliers qui y trouvent un avantage personnel, pour leur trajet travail, pour leurs loisirs. Surtout des travailleurs ou étudiants délocalisés sur le plateau ; il faut dire qu’ils ont été fortement incités par leurs chefs d’établissement.

D’autres qui élèvent le débat vers leurs aspirations : c’est pour la grandeur de la France, il faut réussir ces grands clusters, c’est pour les centaines de milliers de gens qui vont venir travailler ou habiter sur le plateau, voire plus car il faut faire croître l’Ile de France, son économie tirera les provinces qu’elle vide …

Et ceux enfin qui sont pour le métro, mais pas sous cette forme, aérienne devant chez eux, ou souterraine sous leur maison.

Tout le monde a ses raisons et ses croyances, on peut les comprendre, et je les respecte, mais j’aurais aimé :

  • que ceux qui rêvent du retour des « 30 glorieuses » se réveillent : ces temps sont révolus, les vrais défis sont nouveaux, et la société doit muter pour survivre,
  • que ceux qui sont fascinés par les incantations au modernisme dessillent leurs yeux : les méga-clusters ont montré leurs limites et sont déjà passés de mode ailleurs,
  • que ceux que les incitations hiérarchiques influencent ouvrent leurs oreilles : d’autres voix prônent des alternatives possibles et réalistes,
  • que ceux qui pédalent le nez sur le guidon relèvent la tête : ce projet est démesuré du point de vue socio-économique,
  • que ceux qui ne voient que midi à leur porte regardent plus loin : cette ligne de métro est l’épine dorsale d’une urbanisation ultérieure massive qui dégradera la qualité de vie du territoire.

Et que ceux qui ne se sentent pas concernés réalisent qu’ils le sont quand même, et plus qu’ils ne le croient.

Moi qui suis d’un avis totalement défavorable au projet, je vous en donne 20 raisons déposées sur le registre d’enquête. En résumé des  dépôts cités, plus détaillés. Ce sera long à lire mais peut-être instructif.

 

Le NON du citoyen français :

  • Dépôt 2211 du 15 avril : le dossier d’enquête publique contient plus de 2200 pages. En 37 jours, il est impossible à quiconque de les lire et de les analyser seul. Les vacances scolaires débutent sans que beaucoup de parents se soient forgé leur opinion, et pour qui part avec ses  enfants, la période d’enquête est réduite.
  • Dépôt 533 du 28 mars : par rapport au projet initial de 2010, le dossier ne comporte que les évolutions décidées par la SGP (passage du souterrain en aérien entre autres) ou certaines établies avec les acteurs favorables au projet, mais aucune des revendications émises par les collectifs ou associations. En fait, la SGP a simulé le processus de concertation citoyenne, au mépris des attentes d’une grande partie de la population.
  •  Dépôt 566 du 29 mars : depuis 2012 d’éminentes instances ont émis successivement des critiques et réserves sur ce projet (rapport Auzannet, Cercle des Transports, Commissariat Général à l’Investissement, Cour des Comptes). La SGP n’en a tenu aucun compte, et maintient les grandes lignes de son projet conçues en 2011.

 

Le NON du réaliste :

  • Dépôt 583 du 29 mars : le besoin en moyens de transport en commun de notre territoire est certes bien réel aujourd’hui, mais il est fallacieux de présenter ce métro comme la panacée pour le résoudre. Il arrivera bien trop tard et occulte  les autres solutions réalisables plus rapidement (rabattements sur les RER, prolongement du tram-train Massy-Evry et de la Tangentielle Ouest). Il s’approprie en outre les moyens techniques et les fonds publics nécessaires à l’amélioration tant réclamée du fonctionnement de l’existant (qui assurera toujours l’essentiel du trafic).
  • Dépôt 642 du 30 mars : la ligne 18 n’est pas adaptée à notre territoire, où les habitats sont dispersés. Elle ne dessert pas l’axe nord-sud, et sur l’axe est-ouest, la RD36 doublée est un appel à la circulation automobile. Le délestage sera négligeable pour l’A10 ou la RN118 nord, voire négatif pour la RN118 sud. L’asphyxie routière, aggravée par l’opération Paris-Saclay, ne sera donc pas soulagée par le métro.
  • Dépôt 657 du 30 mars : relier les bassins d’emploi du territoire est certes une nécessité, mais entre Saclay et St-Quentin, le besoin est atténué par la distance, et à St Quentin l’habitat est proche du travail. Comme les trajets entre les pôles d’activité pour des besoins professionnels sont marginaux, même dans une zone à forte valeur ajoutée, et qu’ils se font rarement en transport public, l’évaluation de fréquentation annoncée par la SGP sur ce secteur de la ligne 18 est une spéculation exagérée (voir le rapport DRIEA de 2010). Un moyen lourd comme le métro est surdimensionné (rapport Auzannet de 2012).

 

Le NON du contribuable :

  • Dépôt 713 du 31 mars :  le tracé aérien économiserait 250 millions d’euros ?

Le projet de réseau Grand Paris Express avait été évalué à 19 milliards d’euros en 2009.  La Cour des Comptes l’estime maintenant à 30 milliards (mais la SGP n’en avoue toujours que 24). Combien à terminaison ? L’économie visée par le tronçon aérien est donc moins de 1% du coût total du réseau GPE, c’est minime par rapport au coût supplémentaire accepté pour les nombreuses gares rajoutées sur tout le tracé.

La ligne 18 arrêtée provisoirement à Versailles (et sans les 2 gares différées) entre pour 12% du coût total du GPE avec seulement 6% des voyageurs en charge totale horaire, deux sens confondus (d’après l’étude DRIEA). Vu sa fréquentation insuffisante (délibération du STIF du 07/10/2015), son exploitation coûtera beaucoup à la région, donc à nous les contribuables.

  • Dépôt 2194 du 14 avril : la ligne 18 gaspille les fonds publics et accroit la pression fiscale.

La SGP se finance déjà par des recettes fiscales affectées (dont nos impôts locaux), elle attend des contributions de l’Etat et des collectivités territoriales, elle doit recourir à l’emprunt (14 milliards remboursable par les « péages » à percevoir sur l’exploitation du réseau). En final, tout cela sera plus payé par les contribuables que par les usagers.

Engager trois milliards d’euros pour une « demi-ligne » de très grande ceinture sous-employée, c’est déraisonnable (ce que souligne le Commissariat Général à l’Investissement). Dans un pays déjà endetté d’une année de PIB, emprunter encore sur une durée comparable à la durée de vie de l’équipement (80 ans ? 100 ans ?), c’est faire payer cette déraison jusqu’à nos arrière-arrières petits enfants !

 

 Le NON du Saclaysien :

  • Dépôt 721 du 31 mars : le projet demande la mise en compatibilité des documents d’urbanisme de la commune.

Dérogation aux articles concernant les interdictions et limitations de construction, et attribution d’un emplacement réservé supplémentaire de 4,6 ha pour la gare, en zone N (espaces naturels et forestiers devant être préservés) et en zone A (constructibilité encadrée pour la préservation du paysage et de l’activité agricole).

  • Dépôt 2165 du 14 avril : Une fois décrétée l’Utilité Publique, la mise en conformité des documents d’urbanisme sera obligatoire :

Les restrictions du PLU seront levées dans les parties du plan de zonage concernées par le métro, et en particulier sur l’emplacement réservé pour la gare, et pour ce que la SGP jugera bon de construire et faire construire autour, comme l’autorise la loi du Grand Paris de juin 2010,

Imaginons le poids de notre maire pour faire valoir une opposition au viaduc lors de l’examen préalable conjoint des modifications de PLU avec l’Etat, la SGP, et la CPS : négligeable.

 

Le NON de l’incrédule :

  • Dépôt 609 du 29 mars : La ligne 18 fait gagner du temps aux voyageurs ?

Sans doute mais pas autant que les chiffres biaisés de la SGP, qui ignorent les évolutions des moyens de surface présents (T7) ou à venir prochainement (TTME), et qui omettent totalement les temps d’accès. Ce gain n’est utile qu’à ceux qui habitent ou travaillent plus près des gares de la ligne 18 que des stations du réseau existant. Ce n’est pas le cas de tout le monde, loin s’en faut.

  • Dépôt 698 du 30 mars : les arguments pour justifier le viaduc sont peu sincères :

Ce serait une exigence des laboratoires sensibles aux perturbations ? Si cette solution était efficace, elle ne conduirait pas à écarter les options de tracé les plus directes, aussi bien à Moulon qu’à Polytechnique, ni à faire déplacer certaines installations de THALES et du SIRTA

Le réseau hydrologique empêcherait le passage en souterrain ? Si le tracé à la gare CEA était déjà souterrain, il n’y aurait plus aucun problème de déclivité  pour passer sous les drains des champs et sous l’« aqueduc des mineurs ».

 

Le NON de l’indigné :

  • Dépôt 680 du 30 mars : à l’ouest de Saclay , les villages sont coupés de la ZPNAF par une bande  de plus de 70 m  de large.  Cette emprise pour la mise en parallèle de la ligne 18 avec 6 voies routières (2 pour TCSP et  4 pour RD36, et une piste cyclable réglementaire) illustre l’effet pervers du morcèlement des enquêtes publiques : la surabondance inutile de modes de transport sur cet axe et le gâchis de terres agricoles expropriées.
  • Dépôt 2149 du 14 avril : après  « réflexion globale » avec la SGP, le Conseil Départemental de l’Essonne  a décidé, lors de sa dernière délibération, de différer on ne sait à quand le TCSP après le CEA, mais de conserver l’élargissement de la RD36 à 2×2 voies. C’est stupéfiant de voir ainsi supprimer l’alternative raisonnable concurrente du métro, au détriment des habitants de ces villages sans gare, et de maintenir une quasi-autoroute antagoniste du report modal de l’automobile vers les transports en commun !
  • Dépôt 689 du 30 mars : les colonisateurs prendraient ils les indigènes pour des attardés ? Entendu en réunion publique pour promouvoir le tracé aérien, et fort apprécié par les riverains :

-le bruit ne sera pas plus dérangeant que celui d’un aspirateur,

-c’est agréable pour les voyageurs de contempler le paysage de la région,

-le viaduc est un ouvrage emblématique de la modernité de l’opération Paris-Saclay.

  • Dépôt 2174 du 14 avril : Le projet est un puzzle auquel il manque deux pièces maîtresses :

la gare de Saclay, dite « CEA St Aubin » et la gare terminale « Aéroport d’Orly ».

Et il reste d’autres incertitudes comme :

Qui va payer la modification du laboratoire Thalès à Polytechnique ? Il s’accommode mal des perturbations générées par le métro aérien, pourtant plébiscité par POLVI.

Qui va payer la modification du site ERDF, en face du CEA ? Ses pylônes Haute Tension ne devraient pas faire bon ménage avec le viaduc.

  • Dépôt 2199 du 15 avril: quand le métro éjecte ce nucléaire utile à la santé publique …

La SGP a découvert lors de la concertation « renforcée » de 2015 que le CEA avait un périmètre de sécurité. Elle est contrainte aujourd’hui de différer l’achèvement de la gare « CEA –St Aubin », mais est soutenue par l’Etat et la direction du CEA qui ont fait arrêter le réacteur OSIRIS. Or il ne suffit pas d’arrêter un réacteur, il faut décharger le combustible, le conditionner, le conduire en déposante de stockage … La procédure est très longue à établir et à mettre en œuvre (des années).

Comme le réacteur de Cadarache qui devait remplacer OSIRIS a 4 ans de retard, la conséquence sera une pénurie européenne du radioélément servant au diagnostic des cancers du sein. Autre unité à risque et fournisseur de la médecine nucléaire : CIS Bio. Gênée désormais dans ses activités, la société canadienne se sentira sans doute poussée vers la sortie pour faire place au métro.

 

Le NON de l’écologiste :

  • Dépôt 702 du 31 mars : les arguments déclinés pour la promotion du tracé aérien allèguent à tort de la protection de l’agriculture.

Les contraintes de réalisation souterraine ne sont pas compatibles avec l’intégrité de la ZPNAF ? Pourquoi alors ne pas initier des  échanges de parcelles ? Par exemple,  50 ha de terres fertiles sur le secteur de Corbeville mériteraient bien d’être intégrées dans la ZPNAF.

Le viaduc limiterait donc la consommation de terres agricoles ? Il est pourtant évident que la multitude de fondations de ses piles  (tous les 25 m) a plus d’emprise au sol que les puits de service réglementaires (tous les 800 m) d’une ligne souterraine. Et le trajet serait moins long avec un tunnel plus direct.

  • Dépôt 2202 du 15 avril : la faune sauvage n’est pas conviée à s’exprimer lors de l’enquête publique.

Elle le fera peut-être plus tard : l’aménagement du Quartier Polytechnique a déjà repoussé sangliers et chevreuils vers les jardins d’Igny et de Vauhallan (article du Parisien Essonne du 2 février).

Et les oiseaux nichant à la réserve ornithologique de l’étang vieux, à 1250 m du viaduc ? S’accommoderont il mieux du passage du métro toutes les 3 minutes (dans chaque sens) que les habitants voisins du Christ, ou ceux de Villiers-le-Bâcle?

  • Dépôt 2204 du 15 avril : La ligne 18 entre Palaiseau et Saint-Quentin-en-Yvelines c’est le coin que le secrétaire d’Etat Christian Blanc a voulu enfoncer en 2009, pensant déjà urbaniser la moitié du plateau.

La lutte pour la ZPNAF a stoppé bétonnage et goudronnage au-delà de la frange sud, mais qui peut croire que ce rempart est éternel ? Il n’est pas d’exemple de moyen de transport lourd qui n’ait pas amené d’urbanisation adjacente. Ce qu’une loi a fait, une autre pourra le défaire, à la poursuite d’un modèle de croissance obsolète et contraire aux déclarations de la COP21.

Il n’y a qu’à regarder la carte : même en souterrain total, le métro, c’est le ver dans le fruit de la vocation agricole du plateau. Alors a fortiori, avec un tronçon aérien qui pourrira le travail des champs et où il sera facile d’ajouter des gares, y offrant à la SGP la préemption pour urbaniser sur 50 ha autour (loi 2010-597) …

 

D’accord ? Pas d’accord ? Si vous avez lu, c’est que vous accédez à internet :

Pour consulter les avis du registre :
http://www.enquetes-publiques.com/Enquetes2?RLIRE=EP16029
Pour déposer les vôtres :
http://www.enquetes-publiques.com/Enquetes2?RDEPOT=EP16029

Et pour faciliter le dépouillement et éviter une globalisation réductrice, il est préférable de séparer les points d’intérêt. Autant de fois que nécessaire, c’est permis. Et ce sera facile de prononcer chaque fois un avis clair sur ce point : favorable/défavorable. Les commissaires-enquêteurs feront le tri pour juger de l’utilité publique du projet, avec ou sans réserves.

Nous sommes tous concernés.
Si vous partez en vacances,  usez de votre smartphone ou d’un terminal local, la limite c’est mardi 26.

Bon courage

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