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Meudon-la-Forêt, avant-poste numérique du plateau de Saclay : ce que le data center d’Equinix changera pour vous

Avr 3, 2026

À deux pas de la forêt domaniale et des laboratoires du plateau de Saclay, un géant américain du numérique a posé ses serveurs. Inauguré en février 2025, le centre de données PA13x d’Equinix est présenté comme une vitrine de la modernité numérique française. Mais derrière les discours officiels, des questions précises restent sans réponse.

Le 6 février 2025, en marge du Sommet mondial pour l’Action sur l’Intelligence artificielle organisé à Paris, la société américaine Equinix Inc. inaugurait à Meudon-la-Forêt son dixième centre de données francilien — et onzième en France. Baptisé PA13x et situé au 9 avenue du Maréchal Juin, le bâtiment de 20 475 mètres carrés réparti sur quatre étages a nécessité six années de développement et un investissement de 350 millions d’euros. Le ministre chargé de l’Industrie et de l’Énergie, Marc Ferracci, était présent à la cérémonie. Son message résumait l’ambition : « Sans infrastructures, nous ne sommes capables de rien. Il nous faut des datacenters en France, ainsi que les outils et les talents pour devenir les leaders de l’IA. »

Côté technique, le site dispose de 12 salles de données pour une puissance électrique installée de 28,8 mégawatts, conçu pour les applications d’intelligence artificielle. Pour Régis Castagné, directeur général France d’Equinix, le choix de Meudon n’est pas un hasard : « Notre implantation à Meudon-la-Forêt permet de se développer dans le sud-ouest de Paris. Il y a également la proximité avec le plateau de Saclay qui est un lieu de référence pour l’intelligence artificielle. » L’argument est commercial autant que géographique : Equinix positionne PA13x comme une infrastructure naturelle pour les entreprises et laboratoires gravitant autour de Paris-Saclay.

Un ancrage territorial très calculé

La saturation du nord de la capitale a pesé dans le choix de Meudon. La zone d’activité accueille déjà les sièges de Thales et Bouygues Télécom, et le futur campus de Dassault Systèmes. Ces entreprises figureront parmi les clients potentiels du PA13x. Pour Castagné, la formule est tranchée : « les data centers sont les aéroports du numérique. »

Le maire de Meudon, Denis Larghero, a signé lors de la cérémonie un partenariat avec ENGIE Solutions pour valoriser la chaleur dite « fatale » produite par les serveurs en l’injectant dans le réseau de chauffage urbain. Selon lui, « d’ici fin 2026, le réseau de chaleur fonctionnant actuellement au gaz sera progressivement converti à la géothermie, permettant d’économiser 17 700 tonnes de CO2 par an. »

Sur l’énergie, Equinix affirme avoir conclu des contrats d’achat d’électricité dite « verte » finançant la création de sept parcs éoliens en France. Il faut préciser ce que cela signifie : non pas une alimentation directe en énergie renouvelable, mais l’achat de certificats de garantie d’origine qui financent ces parcs en parallèle du réseau. PA13x reste raccordé au réseau électrique national, à dominante nucléaire.

Ce que les chiffres techniques révèlent

L’association locale Val de Seine Vert a publié en juin 2025 une analyse des données de l’étude d’impact déposée en préfecture. Selon ce document, PA13x consommera 136 413 MWh d’électricité par an — une installation qui fonctionne 24h/24, 7j/7. Le site stockera 640 000 litres de fioul domestique pour alimenter ses 24 groupes électrogènes d’une puissance thermique nominale de 132 MW, testés douze heures par an chacun. Sur la consommation d’eau, Equinix indique 23 750 m³ par an, « sans donner plus de détail », note l’association.

Quant aux 350 m² de panneaux photovoltaïques installés en toiture — présentés comme un élément de l’engagement vert — Humeco rappelle dans son analyse de janvier 2025 qu’« il faudrait l’équivalent de 5 terrains de foot couverts de panneaux solaires pour couvrir les besoins d’un data center de 50 MW seulement ». La mesure est symbolique.

Un deuxième site prévu, au plus près de la forêt

Ce qui préoccupe davantage les associations, c’est la suite. Val de Seine Vert signale que « le PA15, jumeau du PA13x, devrait sortir de terre juste à côté d’ici trois ou quatre ans. » C’est pour ce futur projet que la question de la proximité avec la forêt domaniale de Meudon se pose le plus directement. Humeco, qui s’appuie sur une étude de la Mission régionale de l’Autorité Environnementale, identifie des risques multiples pour un site en lisière forestière : incendie pouvant se propager aux arbres, surcharge des pylônes électriques dans une zone déjà à saturation, et émissions thermiques renforçant l’effet d’îlot de chaleur urbain pour les riverains. Meudon compte à ce jour, selon les sources et les seuils retenus, entre 60 et plus de 120 centres de données en Île-de-France selon Val de Seine Vert et Humeco respectivement — un écart qui reflète l’absence de registre public unifié.

Une information qui arrive trop tard

La question du droit à l’information traverse ce dossier. Lors d’un colloque organisé par France Nature Environnement Île-de-France en novembre 2023, des riverains franciliens ont témoigné d’un schéma récurrent : les projets avancent discrètement avec les élus locaux, et le public ne découvre les détails qu’au moment de l’enquête publique, quand les permis sont déjà déposés.

Un riverain engagé contre un projet à Wissous (Essonne) décrit la situation ainsi : « sans que la population locale n’ait été informée ou consultée au préalable, et sans que la chaleur produite ne soit récupérée pour le besoin des habitants. » Une habitante de La Courneuve, confrontée au plus grand data center de France (250 MW), dit la même chose : « Nous découvrons le projet à l’enquête publique et il est trop tard pour faire quelque chose, arrêter le projet ou l’améliorer, le permis de construire a été délivré par le maire en parallèle. »

L’État simplifie, les garde-fous s’allègent

Val de Seine Vert pointe une tendance législative de fond. L’article 15 du projet de loi de simplification crée la possibilité pour l’État d’imposer le label « projet d’intérêt national majeur » (PINM) à des projets de data centers, ce qui permet de multiplier les dérogations au droit de l’urbanisme, à la réglementation environnementale et au principe de participation du public. Conséquence directe : les espaces naturels occupés par un PINM ne seraient plus comptabilisés dans les quotas locaux de lutte contre l’artificialisation des sols. La Commission nationale du débat public demande à être systématiquement consultée sur ces projets. Elle se heurte à la volonté de l’État de l’exclure d’un nombre croissant de décisions industrielles.

Val de Seine Vert formule une demande concrète : la création d’une Commission de Suivi de Site pour le PA13x, prévue à l’article L.124-1 du code de l’environnement, qui ouvrirait un droit à l’information pérenne pour les habitants. À ce jour, cette commission n’a pas été mise en place. Selon les projections de RTE citées par Humeco, les data centers pourraient représenter plus d’un tiers de la consommation totale en électricité d’Île-de-France d’ici 2040, soit 40 TWh. PA13x est un maillon d’une chaîne qui s’étend vite, et souvent en dehors du regard des populations concernées.


Sources

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